Le très gros carton
Le temps est compté, ça fait peur comme ça mais c'est juste une façon dramatico dramatique de dire que purée mes journées sont trop courtes en ce moment, entre le taf (avec nouvelle chef genre c'est moi le chef bande de sales petites merdeuses regardez comment que je vous écrase toutes sous mes talons aiguilles, mais qui nous fait toutes bien marrer ce qui rend même difficile le simple fait de ne pas éclater de rire à chacune de ses remarques débiles), la préparation du déménagement (cartons, dépatouillage avec la proprio de l'appart' qui cherche par quel moyen elle pourrait nous soutirer un maximum de fric avant qu'on se casse et n'y arrive pas, dépatouillage avec les locataires actuels de la future maison qui voudraient partir "seulement vers le 8 septembre parce que ça nous arrange" alors que le futur locataire de l'appart' lui voudrait eménager "le 3 parce que je suis foutu dehors de chez mes parents alors bon..." et dernier et ultime dépatouillage avec les proprios de la future maison qui habitent Paris, doivent être présents pour l'Etat des lieux d'entrée mais bon savent pas non plus trop quand ils pourront venir parce que bin eux aussi ils ont des obligations, dont celle d'être présents lors de l'Etat des lieux que je leurs ai dit un peu agressivement histoire de faire un "passe le boulet" de mon agacement actuel)...
Les cartons... C'est pas trop mal parti, je suis du genre méthodique qui ne peut rien faire à la dernière minute sous peine de réveils au milieu de la nuit en sueur, obligée que je suis de savoir en toutes circonstances et au maximum où je mets les pieds et avec quelles godasses parce que sinon je vais glisser c'est sûr, me rétamer grave de grave et finir sur des béquilles. Ce qui fait qu'on commence un peu à avoir l'impression de faire du camping dans l'appart' et que chaque jour ou presque je réponds "c'est dans les cartons" à mon homme à la recherche de tel ou tel truc. L'homme me regarde d'un air absolument navré et moi je fais style celle qui a raison non mais! Et puis bon, j'ouvre le carton et je lui rends son truc... Ma fille rentre de vacances dimanche prochain et je sais parfaitement qu'entre la rentrée des classes et le fait que "Youpi on va dans une maison!" va être excitée comme une puce et donc intenable et les animaux qui ne comprennant rien à ce qui passe tout en sachant qu'il se passe un truc ont des tendances légèrement hystériques... Ha et puis au fait, j'ai encore craqué, ma chatte avait eu des petits, que je devais bien évidemment faire piquer à la naissance, sauf que j'ai jamais pu, alors j'ai promis juré craché à l'homme que j'allais tous les donner et puis y'en a un qui m'est resté sur les bras, alors j'ai promis juré craché que j'allais l'emmener à la SPA, total elle est avec nous depuis 5 mois bientôt... Et "c'est la merde" m'a dit l'homme passablement en colère et comme il a raison j'ai fermé ma gueule.
Les cartons je les ai faits toute seule, ça n'a pas été une surprise c'est le genre de chose que mon homme fuit comme la peste, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a rien fait puisqu'il a fait des allés retours à la déchetterie à cause de ma forte tendance à garder tout un tas de trucs inutiles qui "on sait jamais ça peut servir" et dont je suis bien obligée de me débarrasser de temps à autres la mort dans l'âme. Et puis il a également dû trier ses papiers. C'était lundi dernier, le cagibi encombré de truc et machins inutiles avait été vidé et ne restaient que trois malles que mon homme avait apportées lors de son emménagement avec moi et n'avait jamais touché depuis... En même temps il aurait voulu il aurait pas pu à cause de ma collection de bouts de chandelles et bouts de ficelle qui, je vous le rappelle, "on sait jamais, ça peut servir". Prenant son courage à deux mains il avait décidé de faire le tri là dedans, je le laisse donc pour commencer à mettre la vaisselle en cartons. Au bout d'une dizaine de minutes l'homme revient avec une tête longue de trois kilomètres et s'assoit sur une chaise dans la cuisine.
Aïe... L'homme a un truc à me dire, je m'attendais à une démission du genre "ça me gave hein, on va les emmener comme ça et puis je ferais le tri quand on aura emménagé"
Mais non: "le sac poubelle ce sera pas assez, il me faut un carton que j'emmenerais à la déchetterie... et heu... un gros hein..."
Ha? ...Bon ... "C'est que du cul, merde alors, y'a que des bouquins de cul et des cds de cul et des trucs de cul...la vache...Merde c'est glauque, y'a des cartes de ma mère et du cul, des photos de 2 ou 3 anciennes copines et du cul, 4 ou 5 dessins, cahiers de musique et du cul, du cul, du cul... ça me fout le bourdon!"
Je regarde mon homme en essayant de ne pas prendre un air trop dramatique "nan mais tu vois je pensais que ça serait marrant, c'est toute ma vie avant toi qu'est là dedans, toute mon adolescence et tout, enfin c'est ce que je croyais, mais y'a que du cul. Je suis arrivé chez toi avec un sac de fringues et trois malles de cul, j'ai les boules purée!"
Je fais un petit sourire qui devait être réconfortant mais qu'est un peu misérable en fait et je vais lui chercher un grand carton que mon homme juge par deux fois trop petit. Je commence à me dire que c'est quand même pas possible et je me retiens d'aller foutre mon nez dans ce foutu cagibi pour voir ce qu'il en est vraiment, mais d'une j'en ai franchement pas vraiment l'envie et de deux mon homme n'en a pas l'envie du tout, entre temps il nous a fait du café histoire de se remettre un peu de sa découverte, il n'a rien pour lui de sa "vie d'avant moi" à part du porno, j'ai les boules pour lui d'autant plus que le jour avant on s'est bien marrés en fouillant dans mes propres affaires, photos, journaux intimes de 11 à 18 ans, cahiers d'école, lettres adolescentes... Je suppose qu'il aurait bien aimé renouveler le truc avec ses affaires, c'est un peu con mais ça fait plaisir... Sauf que là non... On a bu nos cafés sans rien dire, lui plongé dans des pensées que je n'osais pas demander à partager et moi ne sachant pas du tout que lui dire pour lui remonter le moral. Mon homme semblait en plein constat et c'était pas terrible. Au bout d'une dizaine de minutes il me sort sa décision "Tant pis, je fais pas de tri, j'ai pas le courage, je balance tout et voilà" la collectionneuse de bout de ficelle a le coeur un peu serré, au milieu de tout ce cul y'a sûrement des trucs qu'il aurait bien aimé garder et c'est "tant pis", l'homme se relève et s'en va en trainant son très gros carton et moi je suis là comme une conne et j'ai toujours rien trouvé à lui dire, genre un truc hyper philosophique ou super trop marrant, et en fait j'ai juste toujours ce sourire con de celle qui essaye de consoler lamentablement.
L'a fallu un tout petit quart d'heure à mon homme pour tout balancer, il a tenté le coup de soulever les malles pour transvaser et en fait la moitié est arrivée étalée sur le pallier ce qui fait qu'en plus mon homme avait peur que des voisins montent ou descendent et tombent sur ses pornos étalés aux yeux de tous, j'ai entendu un lot assez fleuri d'injures en tous genres, vu l'homme passer en trombe pour prendre du gros scotch qui allait avec son gros carton et j'ai finalement été appellée à la rescousse pour descendre celui ci jusqu'à la voiture et mon homme est parti pour la déchetterie avec ce seul et unique carton...
"Là bas quand tu jettes un truc y'a toujours des gens pour te demander ce qu'il y a dedans et si y'a rien à récupérer tu sais... Bin je me suis senti drôlement con..."
Par DorA, Vendredi 18 Aout 2006 à 09:15 GMT+2 dans porno dépendance (article, RSS)




